En France, le système de retraite par répartition traverse une défiance majeure. D'après une enquête OpinionWay pour Finary menée en janvier 2026 auprès de 2 500 répondants, 87 % des Français doutent de la viabilité du dispositif pour eux et 89 % estiment nécessaire d'investir eux-mêmes pour préserver leur niveau de vie. Pourtant, seuls 38 % des actifs ont effectivement enclenché une préparation. Ce décalage entre conviction et action signale une priorité claire : multiplier les sources de revenus futurs devient une stratégie incontournable.

1. Un paradoxe bien français : l'investissement fait consensus, l'action tarde

L'enquête OpinionWay pour Finary (7-12 janvier 2026, méthode des quotas, norme ISO 20252) met en avant une quasi-unanimité. 89 % des actifs considèrent indispensable d'investir par soi-même pour espérer une retraite confortable, et 88 % jugent capital de commencer tôt. Ces résultats se retrouvent quels que soient le genre, la CSP ou la région.

Dans la pratique, l'engagement reste mesuré :

  • 38 % des actifs ont débuté une organisation financière (épargne, placements) ;
  • 41 % y pensent sans être passés à l'acte ;
  • 15 % ne voient pas d'urgence.

Ce blocage s'explique en partie par le biais d'inertie : l'effort immédiat pèse plus que le gain futur, encore abstrait. Des dispositifs comme le Plan d'Épargne Retraite (PER), créé par la loi PACTE (2019), instaurent un cadre d'épargne long terme via un blocage jusqu'à la retraite (sauf cas prévus), ce qui facilite la discipline d'investissement.

2. La foi dans la répartition vacille

La fracture est manifeste : 76 % des actifs ont l'impression de cotiser pour un système dont ils ne profiteront pas, un ressenti qui monte à 83 % chez les 25-34 ans. 87 % expriment une inquiétude vis-à-vis de l'avenir des retraites et 74 % anticipent un manque d'argent au moment de cesser leur activité. Les femmes (89 % d'inquiétude) et les 50-64 ans (90 %) se distinguent particulièrement.

Concernant la pérennité du dispositif :

  • 72 % pensent que le système peut continuer, mais seuls 30 % le jugent durablement viable ;
  • 42 % ne lui accordent que quelques années ;
  • 28 % estiment qu'il ne fonctionne plus (36 % chez les 35-49 ans).

Au global, 70 % des actifs voient un système intenable à long terme, minant le contrat social intergénérationnel qui sous-tend la répartition.

Perceptions des actifs sur l'avenir des retraites% d'accordProfils les plus concernés
Investir soi-même est indispensable89 %Ensemble des profils
Commencer tôt est essentiel88 %Toutes catégories
Inquiétude sur l'avenir du système87 %Femmes (89 %), 50-64 ans (90 %)
Impression de cotiser sans en profiter76 %25-34 ans (83 %)
Crainte d'un manque de revenus à la retraite74 %Femmes (81 %), CSP- (81 %)

3. Défiance envers les élus : 88 % estiment leur gestion défaillante

Le scepticisme envers les responsables publics atteint un sommet : 88 % jugent que les élus ne savent pas investir efficacement et 85 % les estiment incapables de réformer le système. 55 % perçoivent un biais pro-retraités (75 % chez les 25-34 ans) et 46 % cumulent l'ensemble de ces critiques.

Les 35-49 ans (90 %) et les CSP+ (87 %) se montrent les plus sévères, révélant une crise de légitimité économique. Les retraités ne sont pas en reste : 74 % refusent une baisse de pension, même si cela devait mieux protéger les générations suivantes.

4. Une retraite jugée décente à 64,6 ans en moyenne ; 8 % n'y croient pas

Pour viser une pension considérée comme correcte, les actifs visent en moyenne 64,6 ans, soit légèrement au-dessus de l'âge légal (64 ans depuis 2023). Détail des réponses :

  • 16 % citent 65 ans ;
  • 15 % retiennent 64 ans ;
  • 20 % évoquent 67 ans ou plus ;
  • 8 % estiment ne jamais y parvenir (11 % chez les 50-64 ans, 15 % chez les inactifs).

Les femmes projettent 64,9 ans (contre 64,2 ans pour les hommes), reflet de carrières plus discontinues et d'écarts salariaux. Ces contraintes renforcent l'intérêt de solutions d'épargne retraite souples et accessibles.

5. Pension, placements et emploi : comment les actifs projettent leurs revenus

Les retraités actuels s'appuient à 86 % sur la pension publique. Les actifs, eux, anticipent un modèle bien plus diversifié :

  • 45 % seulement comptent faire de la pension d'État leur ressource principale ;
  • 21 % misent d'abord sur les investissements (immobilier, marchés, SCPI, etc.) ;
  • 17 % envisagent un cumul emploi-retraite ;
  • 6 % s'appuieraient sur un héritage ;
  • 5 % sur la vente de biens (résidence principale, locatifs...).

Les 25-34 ans incarnent cette bascule : 27 % citent les investissements comme première source de revenus future. Une véritable retraite multisource s'impose : pour beaucoup, la pension de base ne suffira plus.

Principale source de revenus à la retraiteRetraités actuelsActifs (anticipation)
Pension d'État86 %45 %
Investissements-21 %
Cumul emploi-retraite-17 %

6. Se préparer : urgence admise, passage à l'acte encore limité

58 % des actifs souhaitent mieux préparer leur retraite en 2026 (18 % "tout à fait", 40 % "plutôt"). Les 25-34 ans sont les plus décidés : 74 % veulent avancer. Parallèlement, 61 % se disent mal informés sur leur future pension (69 % des femmes, 74 % des personnes sans produits financiers). Le relevé individuel disponible sur info-retraite.fr demeure un point d'entrée central.

L'épargne des ménages atteint un pic historique : environ 6 000 milliards d'euros en 2025, et 67 % des non-retraités épargnent (+11 points en 10 ans). Un important réservoir existe donc pour orienter une partie de cette épargne vers des solutions dédiées à la retraite.

7. Conséquence pour les épargnants : compléter par l'investissement devient indispensable

Dans ce contexte, constituer un capital complémentaire n'est plus une option. L'essentiel est d'adopter des véhicules adaptés à son horizon, à son appétence au risque et à sa fiscalité.

Le Plan d'Épargne Retraite (PER)

  • Atout fiscal : les versements sont déductibles du revenu imposable (ex. : 1 000 € versés "coûtent" 700 € à un foyer imposé à 30 %).
  • Argent bloqué jusqu'à la retraite (sauf exceptions), favorisant une épargne longue et régulière.
  • Large éventail de supports : fonds en euros, unités de compte, ETF, SCPI, etc.

L'assurance-vie et les fonds en euros

  • Rendement 2025 autour de 2,65 % en moyenne (avec des contrats dépassant parfois 3 %).
  • Fiscalité allégée après 8 ans, avantageuse pour des retraits programmés.
  • Accès à des unités de compte (dont SCPI) pour chercher du potentiel à long terme.

Les SCPI, un outil de revenus complémentaires

Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) peuvent fournir des revenus récurrents une fois à la retraite.

  • Taux de distribution moyen de 4,91 % en 2025 (ASPIM), contre 1,50 % pour le Livret A.
  • Revenus trimestriels provenant de loyers (bureaux, logistique, santé, commerces, etc.).
  • Démembrement : acquérir la nue-propriété durant la vie active et récupérer l'usufruit à la retraite.
  • Ticket d'entrée modeste et gestion entièrement déléguée.

En contrepartie :

  • Capital non garanti : la valeur des parts peut évoluer à la hausse comme à la baisse.
  • Liquidité limitée : horizon conseillé de 8 à 12 ans.
  • Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Conclusion

Le sondage OpinionWay pour Finary dresse un constat net : des convictions fortes (89 % pour l'investissement personnel) mais une mise en œuvre incomplète (seuls 38 % ont commencé). La défiance vis-à-vis du système par répartition (87 % inquiets) et des décideurs publics (88 % critiques) oriente logiquement les actifs vers des solutions de capitalisation.

Pour reprendre la main, quelques réflexes : vous informer sur info-retraite.fr, démarrer tôt via un PER ou une assurance-vie, et envisager les SCPI pour compléter des revenus. Cet article est informatif et ne vaut pas conseil personnalisé : rapprochez-vous d'un professionnel de la gestion de patrimoine pour décider. N'oubliez pas : tout investissement comporte un risque de perte en capital et les performances passées ne préjugent pas de l'avenir.

À retenir

  • Défiance généralisée : près de 9 Français sur 10 doutent de la pérennité de la répartition et de la capacité des élus à la réformer.
  • Grand écart : 89 % prônent l'investissement individuel, mais seulement 38 % ont réellement enclenché leur préparation.
  • Revenus diversifiés : les actifs envisagent de moins en moins la seule pension publique et se tournent vers les placements et le travail à la retraite.
  • Outils majeurs : PER, assurance-vie et SCPI structurent une épargne longue avec avantages fiscaux et revenus potentiels.
  • Passer à l'action : commencer tôt, même modestement, et ajuster sa stratégie avec un professionnel.

Sources

Conseil de l'expert en gestion de patrimoine

Deux leviers font souvent la différence : le temps et la diversification. Plutôt que de chercher le produit idéal, mettez en place un prélèvement automatique (PER ou assurance-vie) et diversifiez progressivement entre fonds en euros, unités de compte et, si pertinent, SCPI. L'objectif n'est pas la perfection immédiate, mais une habitude d'investissement régulière. Réalisez un bilan annuel avec un professionnel de l'épargne pour adapter votre stratégie (revenus, fiscalité, projets). Plus vous commencez tôt, plus l'effet de capitalisation joue en votre faveur et plus l'effort mensuel requis diminue.